Enfant, au Pouldu, dans le Finistère, j'ouvrais grand les yeux lorsque chacun des cirques ou des palques qui ponctuaient la saison d'été s'installait tôt matin dans les dunes, en bordure de la plage des Grands Sables. Lorsque c'était Pinder, l'après-midi il y avait des jeux sur un podium. Et puis, durant la séance, l'enregistrement du Jeu des mille francs. Toute la mécanique du spectacle de passage, se déployant puis disparaissant. Je me souviens aussi d'un soir d'hiver à Lorient, du Grand cirque de France installé devant le Palladium, cette rustine de grand hall palliant aux lenteurs de la reconstruction complète de la ville. Dans ce chapiteau à trois pistes, la famille Bouglione produisait le spectacle Ben Hur vivant. Nos billets nous plaçaient à mi-hauteur des gradins, de face presque dans l'arrondi jardin, légèrement sur la gauche de la première piste, là où, durant une grande partie du spectacle, et comme à l'autre extrémité du chapiteau, se produisaient les Appolo en statue vivante, pour moi source de fascination. En plus de l'inoubliable course de chars autour des trois pistes. C’’est à l’occasion d’un emploi très prenant, dans un hebdomadaire de presse, avec des horaires impossibles, que j’ai constaté ne pouvoir faire de photos qu’en soirée. Les soirées peut-être ? Une invitation chez Pinder a été le déclencheur : je ferais désormais des photos de spectacle. Ça a commencé par le cirque, puis s'est peu à peu étendu à d'autres types de spectacles. Du théâtre, du musical, du cabaret, au gré des rencontres. Je ressens du malaise face aux photos d'une immobilité absolue, lorsqu'elles sont prises à l'occasion d'un numéro centré sur le mouvement, la grande mobilité des corps et des accessoires. Que penser d'une photo où une massue qui s'élève au sommet d'un chapiteau est réduite à la situation d'un objet parfaitement figé entre ciel et terre ? Que penser d'un corps en rotation, parfaitement immobile dont rien ne valoriserait l'effort de l'artiste et le mouvement en cours ? C'est pourtant ce qu'on voit le plus souvent, issu d'une utilisation permanente des automatismes des appareils, pourtant dotés de tas d'autres fonctions qu'offre l'informatique. Donc j'effectue le plus souvent mes prises de vues en-dessous du 100e de seconde, et avec le plus possible de contraste entre le sujet principal et les fonds. Le sujet émerge du flou, vit dans le flou, reflète une véritable immobilité ou un mouvement. Dans son état actuel, le site contient une partie de mes prises de vues de 2003 à 2020. Déjà plus de 5000 photos de 600 numéros, sur un total de plus de 2000 artistes ou spectacles. Pour ce qui est des photos les plus récentes, elles ne sont pas encore ici, mais un certain nombre est ajouté chronologiquement sur Facebook. Bonne visite !
